Newsletter n°8

EDITO // PROMOUVOIR UN CADRE JURIDIQUE FAVORABLE À LA MAROQUINERIE FRANÇAISE

La Fédération Française de la Maroquinerie (FFM) est engagée dans un dialogue constructif avec les pouvoirs publics. L’objectif : promouvoir nos Métiers, nos entreprises et nos salariés, qui représentent un véritable atout pour le pays.

La haute façon française en maroquinerie incarne d’abord « l’art de vivre », la créativité et l’élégance : elle rayonne dans le monde entier. Nous défendons cette spécificité et le savoir-faire incomparable des fabricants. C’est ainsi que, donnant suite à une proposition de la FFM, le Parlement est en passe d’attribuer la qualité de « salariés des Métiers d’Art » à nos employés qui inventent et maîtrisent le geste technique.

Nous suggérerons également, dans le cadre du Projet de loi de finances, de renouveler le Crédit d’Impôt Métiers d’Art (CIMA). Ce dispositif fiscal soutient de façon décisive la création artisanale, l’innovation et l’embauche dans notre secteur. Il mérite d’être reconduit à partir du 1er janvier 2017 pour une durée d’au moins trois ans.

Au-delà de son attrait culturel, la maroquinerie française s’affirme comme une force d’entrainement pour l’économie nationale. Le Métier, qui compte près de 20 000 salariés, forme des jeunes et crée des emplois. Nous exportons beaucoup et contribuons ainsi à la réduction du déficit de la balance commerciale française (à hauteur de 2 milliards d’euros par an).

Ce dynamisme doit être encouragé, notamment grâce à une lutte plus efficace contre la contrefaçon. Ce trafic illicite – souvent lié au financement du terrorisme – cause à notre profession une perte de 100 millions d’euros chaque année. Pour combattre ce fléau, notre Fédération a récemment soutenu un amendement de l’UNIFAB visant à accroître les sanctions à l’encontre du délit de contrefaçon en bande organisée. Le législateur a définitivement adopté mercredi dernier cette mesure qui porte les peines encourues à 5 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende.

Arnaud HAEFELIN

Président de la Fédération Française de la Maroquinerie

 

FOCUS // LES MÉTIERS DU CUIR AU SALON DE L’ÉTUDIANT

Credits: 
Conseil National du Cuir

L’Aventure des Métiers a accueilli pour la cinquième fois la filière du Cuir dans le cadre du Salon de l’Etudiant qui s’est tenu à Paris du 11 au 14 mars dernier.

Ce rendez-vous dédié à la formation est devenu incontournable pour pérenniser savoir-faire et métiers à la fois traditionnels et novateurs. « La filière du cuir est dynamique, souligne Frank Boehly, président du Conseil National du Cuir. Elle se développe, recrute. Paradoxalement, elle est confrontée à un manque de compétences. Le niveau d’excellence de nos entreprises sur le territoire est un modèle. L’Aventure des Métiers permet d’être en prise directe avec les jeunes et leur famille, d’aller à leur rencontre, de leur présenter nos nombreux métiers. Ils sont curieux, ils ont envie d’apprendre ».

Le stand, baptisé « Les Métiers du Cuir », accueillait quatre institutions parisiennes : le lycée d’Alembert (chaussure), le lycée Turquetil (maroquinerie, vêtements de peau et fourrure), La Fabrique (maroquinerie), Les Compagnons du Devoir (sellerie, gainerie, chaussure). Enseignants et élèves en formation ont répondu sur place aux nombreuses questions et réalisé des démonstrations quotidiennes.

« La maroquinerie, depuis quelques années, connait une forte demande, assure Jean-Paul Rémy, qui enseigne cette discipline au lycée Turquetil. Il n’y a pas que le luxe qui recrute, les petites entreprises aussi ! Les gestes manuels n’ont pas beaucoup changé mais les machines sont devenues programmables, à l’exemple de la découpe laser. On aura de plus en plus besoin de profils qualifiés ». Thierry Manzini, en charge de la communication à La Fabrique, évoque aussi la demande de « profils à l’établi, des techniciens maitrisant parfaitement la machine à coudre ainsi que des metteurs au point prototypeurs. Même les maisons de luxe sont à la recherche de profils expérimentés, aptes à travailler rapidement ». Récemment nommée à la tête de l’Institut des Matériaux Souples chez Les Compagnons du Devoir à Pantin, Maroussia Baro attire l’attention sur d’autres débouchés porteurs. « On connait plus facilement la maroquinerie mais l’aéronautique est un autre secteur prestigieux qui recrute. Les embauches se développent par ailleurs en podo-orthèse ».

Autre temps fort du stand sur le salon, le Conseil National du Cuir a présenté son projet de web-série CUIR EN CAPITALES à travers un teaser. « La web-série pilotée par le Conseil National du Cuir s’appuie sur les échanges entre les jeunes et les professionnels, explique Béatrice Rousseau, directrice du Conseil National du Cuir. Les questions des collégiens et des lycéens portent sur la formation, les métiers, les difficultés…Les enseignants ont joué le jeu. Le premier épisode porte sur la maroquinerie. Dix épisodes sont prévus au total pour témoigner de la multiplicité de nos métiers et de nos formations. La web-série est un outil attractif. Elle répond aux attentes des jeunes, de leur parents et aussi des adultes en réflexion, attirés par le cuir ». 

 

GRAND ANGLE // PÔLE CUIR AVEYRON, L’UNION FAIT LA FORCE

Les cinquièmes Rencontres du Cuir ont mis en lumière les industries du cuir implantées en Aveyron. Le Conseil National du Cuir soutient ce regroupement exemplaire pour la filière.

Credits: 
Conseil National du Cuir

La ville de Millau est historiquement l'un des berceaux de la ganterie française. Cinq maisons sont toujours en activité parmi lesquelles Causse Gantier, dont la visite a ouvert cette journée professionnelle d’avril 2016. La manufacture fondée en 1892 emploie aujourd’hui 40 salariés et produit annuellement 20 000 paires de gants. Chanel en a pris le contrôle en 2002 via sa filiale Paraffection dédiée aux métiers d’art. Selon Jean-Noël Le Bris, directeur général, « les maisons de luxe apprécient l’excellence de notre savoir-faire et notre réactivité. La maison Causse a toujours su s’adapter ».

Comme elle, 18 autres entreprises du territoire - tanneurs, mégissiers, gantiers, chausseur bottier, maroquiniers, selliers - ont fait le choix d’unir leurs compétences respectives au sein du Pôle Cuir Aveyron. Elles représentent déjà 383 emplois et un chiffre d’affaires global de 39 millions d’euros, dont une grande partie est réalisée à l’export. Sept d’entre elles sont labellisées Entreprise du Patrimoine Vivant (Causse Gantier, Gaston Mercier, Le Sac du Berger, Maison Fabre, Maison Lavabre Cadet, Max Capdebarthes, mégisserie Richard). La table ronde, qui s’est déroulée à l’aire du Viaduc, a détaillé la dynamique vertueuse de cette future vitrine du grand Sud pour le cuir. Elle a été suivie par un autre temps fort, l’inauguration de l’exposition photographique Terre de Cuir, ouverte à tous jusqu’à la fin du mois d’octobre.

Autour de Millau, un ancrage territorial fort

Gérard Prêtre, Président de la Communauté de Communes Millau Grands Causses

« Millau a connu ses heures de gloire. Avec ses 7000 salariés au début des années soixante, elle a occupé le premier rang mondial de la ganterie. La tannerie mégisserie, le « plongé » produit à Millau sont toujours très recherchés. Depuis vingt ans, les entreprises du cuir se sont stabilisées et se redéveloppent. La notoriété liée à tous les savoir-faire demeure intacte. Les grands noms du luxe portent un grand intérêt à nos métiers. Le nouveau Pôle Cuirs et Peaux marque la reconnaissance de notre territoire aveyronnais, au-delà du périmètre millavois. La Communauté de Communes Millau Grands Causses que je préside représente quatorze communes. L’Aveyron se structure et nous sommes une collectivité partenaire à part entière ».

Bernard Dincuff, Chef du Service Industrie/Commerce de la Chambre de Commerce et d’Industrie de l’Aveyron

« Le cuir est une filière complète dans la région, qui a une tradition d’élevage. L’Aveyron est en effet le premier bassin ovin du territoire. Nous voulons revaloriser la peau de l’agneau de Lacaune, booster la filière. La CCI possède une vraie expertise en structuration d’entreprise. Nous la mettons à disposition de ce pôle en émergence sur lequel nous parions ».

Olivier Fabre, Maison Fabre et Président du Pôle Cuir Aveyron

«  Dans notre département, le cuir a toute sa place. Millau accueille le Pôle Cuir pour l’Aveyron. C’est le point d’ancrage d’un vivier professionnel pour le cuir dans le grand Sud ».  

Des acteurs unis et engagés

Olivier Fabre

« Le Pôle Cuir Aveyron est né il y a un an. C’est un pôle uni composé de petites et moyennes entreprises déterminées à additionner leurs forces, leurs ressources. Il a vocation à préserver les savoir faire, favoriser la formation, stimuler l’emploi. Les Rencontres du Cuir à Millau amplifient l’envergure de cette initiative, née sous l’impulsion de la CCI Aveyron en partenariat avec Millau Grands Causses ».

Marc Sévigné, Secrétaire du Pôle Cuir (et membre du bureau de la CCI Aveyron)

« Nous avons réfléchi à l’ancrage industriel en Aveyron et engagé un audit de la filière afin de déterminer les besoins des entreprises. Nous en avons rencontré 38. Le luxe, l’essor des grandes maison françaises, l’artisanat, les Entreprises de Patrimoine Vivant constituent de réels atouts pour notre territoire ».

Jean-Pierre Romiguier, Le Sac du Berger

«  Je suis natif de la région comme plusieurs générations de ma famille. Le sac du berger est l’un des emblèmes de l’Aveyron. La première vertu du Pôle Cuir est de nous rencontrer, d’échanger. Nous sommes tous uniques, nous ne sommes pas concurrents les uns des autres ».

Caroline Krug, tanneries Pechdo et Vice-Présidente du Pôle Cuir Aveyron

« J’ai rejoint la tannerie il y a deux ans. Je suis arrivée avec humilité. Je continue de découvrir des savoir-faire, des caractères, un territoire… On est plus intelligent à plusieurs. Ouvrir les portes, c’est bien ! La tannerie fait partie des métiers de temps long. Nos clients le comprennent mais il faut l’expliquer ».

Jean-François Dumas, Directeur Général de la Communauté de Communes Millau Grands Causses

« La filière cuirs et peaux, localisée autour de Millau, a déjà fait l’objet de plusieurs accompagnements individuels. La collectivité a par exemple contribué au développement de Causse Gantier en investissant dans une ancienne friche pour installer en 2003 les nouveaux ateliers de la manufacture. L’opération que nous menons avec l’atelier de Julien Hanchir sera achevée à la fin de l’année. Nous avons aussi accompagné la mégisserie Richard dans son implantation à Millau ».

Synergies et perspectives

Nathalie Ilieff, Responsable du Pôle Cuir Aveyron

« Toutes les entreprises ont beaucoup d’attentes. L’un de nos objectifs est de développer l’existant. Nous nous sommes vite aperçus que la transmission des savoir-faire constituait la problématique numéro un. Pour y parvenir, il est nécessaire de monter en compétence en professionnalisant les ateliers. Le maintien de l’outil de production et l’accompagnement dans la gestion sont les besoins suivants. Nous allons rapidement proposer des ateliers. Le volet commercial s’avère être une nécessité pour permettre aux entreprises de se diversifier. Cela passe par un élargissement de gamme, de l’innovation… »

Olivier Fabre

« La transmission est facile à dire mais difficile à faire. Il faut séduire, recruter du personnel qualifié, soutenir les artisans qui ont besoin d’être formés… Certains réseaux existent déjà. On va les outiller, démultiplier, animer et les coordonner. Notre plan d’action est en cours. L’aide aux entreprises est une priorité. Nous avons ouvert les réseaux sociaux, conçu un site web, réalisé des photos qui mettent en valeur les entreprises. L’exposition Terre de Cuir, accessible à tous, est un premier pas vers la communication pour nous faire connaître. Le parcours sur l’aire du Viaduc suit le parcours de la filière de l’amont à l’aval. L’exposition donne une vigueur nouvelle aux métiers du cuir dans l’Aveyron ».

Frank Boehly, Président du Conseil National du Cuir

« Le virage vers le haut de gamme a permis à notre filière de surmonter le naufrage industriel auquel les entreprises françaises sont confrontées depuis les années 80. Le Pôle Cuir Aveyron est un noyau dur dont la dynamique collective a valeur d’exemple. Son regroupement d’entreprises a vocation à s’élargir avec le Tarn puis la grande région. Le projet autour de la peau d’agneau de Lacaune pourra donner lieu à des débouchés porteurs pour l’ensemble de la filière. Travailler ensemble, c’est s’appuyer sur la solidarité. Cela nécessite des hommes courageux et des moyens que la taxe affectée doit servir. L’ambition du Conseil National du Cuir est de soutenir ce Pôle pour le dupliquer et l’exporter vers d’autres grandes régions du cuir en France ».

Bernard Breyton, Sous Préfet de Millau

« L’Etat s’est associé dès le début à cette action née sur le territoire. Le Pôle Cuir ne doit pas rester un club fermé mais s’ouvrir aussi à de jeunes entreprises. Il faut s’unir pour maintenir le savoir-faire et contrer la concurrence mondiale ».

 

LE CHIFFRE // 1 600

C’est le nombre d’emplois créés en France par les entreprises de maroquinerie entre 2011 et 2014.

Le secteur est dynamique et recrute des profils qualifiés. Ses effectifs totalisaient 18 844 salariés en 2014 (source CNAMTS).