Newsletter n°2

EDITO // AGIR POUR LA FORMATION

Nous voulons défendre nos métiers et soutenir les formations à travers des actions utiles aux entreprises.

Créer des synergies, impulser une dynamique collective, c’est le rôle du Conseil National du Cuir qui représente l’ensemble de la filière. Nos nombreuses rencontres avec les parlementaires ont confirmé la nécessité d’agir en région avec les fédérations concernées (tannerie-mégisserie, maroquinerie, chaussure, cuirs bruts…). A ce titre, le Pôle cuirs et peaux - créé en Aveyron avec d’autres professionnels - par Bertrand Sauve de la Tannerie Arnal,  est une initiative intéressante. Une confédération comme la nôtre pourrait y jouer un rôle, notamment pour donner de la visibilité à cette belle initiative. La région constitue un territoire pertinent, un relai concret pour évaluer les besoins de nos entreprises, structurer des outils et stimuler la formation initiale et professionnelle. Pour instaurer du lien et du sens, je souhaite que le Conseil National du Cuir puisse aider à développer les réseaux entre les parties prenantes.

Le Conseil National du Cuir mène déjà de front plusieurs actions afin de sensibiliser les jeunes aux métiers du cuir. Nous participons aux Portes du Cuir (2-4 octobre à Montbron) en région. Cette manifestation est à l’initiative de quatre villes (Montbron, Nontron, Saint-Junien, Saint-Yrieix), trois départements (Charente, Dordogne, Haute Vienne) ainsi que du parc naturel régional Périgord-Limousin. Sur ce salon ouvert au public pendant trois jours, les entreprises exposent et les jeunes viennent s’informer. Notre stand commun avec CTC présente l’ensemble des métiers de notre filière. A Paris, depuis 2011, nous participons au salon l’Aventure des Métiers (19-22 novembre). Cette opération me tient particulièrement à cœur car c’est la seule exclusivement tournée vers les jeunes. L’enthousiasme manifesté par les quatre écoles participantes (Turquetil, La Fabrique, Les Compagnons du Devoir, D’Alembert) est très encourageant. Faire découvrir leur propre savoir-faire dans le cuir sur notre stand est valorisant pour les jeunes étudiants.

Les Rencontres du Cuir mettent en valeur nos métiers et nos savoir-faire par la visite d’entreprises d’excellence. Elles sont organisées par le Conseil National du Cuir deux fois par an pour sensibiliser la filière, les pouvoirs publics, les médias et la jeune génération à l’attractivité de nos métiers. Après avoir visité les Ateliers Paraboot en Isère et les Ateliers  Camille Fournet dans l’Aisne, nous venons d’accueillir aux Tanneries Haas, dans le Bas Rhin, une quinzaine d’élèves du lycée Rostand (BTS Métiers de la mode). Ils ont été très réceptifs à la découverte de cette entreprise de cent personnes à la renommée internationale. L’initiative va être reconduite dans d’autres manifestations. Enfin, notre travail de lobbying auprès des parlementaires est constant. Nous avons mis en place depuis 2014 le Club Parlementaire du Cuir pour échanger de manière informelle et dynamique autour des divers enjeux de notre filière. Les questions liées à la formation sont au cœur de chaque débat et suscitent un grand intérêt. Ensemble, nous allons continuer à nous mobiliser sur ce thème». 

 

FOCUS // ADC PREPARE LA RELEVE

Au-delà du cuir dynamise les métiers du cuir en accompagnant les jeunes créateurs français de la filière.

Les nouveaux talents de la mode et du cuir made in France sont nombreux. Encore faut-il réussir à percer puis à assurer durablement sa croissance économique... C’est ainsi qu’est née en 2012, l’association Au-delà du Cuir (ADC), un dispositif original d’aides à la création initié par la Fédération Française de la Chaussure et le Conseil National du Cuir avec les différents membres de la filière. Il a repris et développé le concept « Cuir et Création » développé par CTC. « L’émergence d’entreprises en création et s’appuyant sur des concepts nouveaux est essentiel pour régénérer le tissu économique de notre filière », souligne Jean-Pierre Renaudin, président d’ADC et de la Fédération Française de la Chaussure. « Mais si ADC est une porte d’entrée dans nos métiers pour de nouveaux entrepreneurs, il est aussi un vivier où la visibilité des savoir-faire reste une préoccupation permanente ».

Pour Au-delà du cuir, qui dispose d’un fonds de garantie, d’ateliers partenaires dans la chaussure et la maroquinerie et d’un showroom parisien depuis 2014, la créativité et la fabrication sont indissociables. Elle met en effet à disposition de ses jeunes entrepreneurs sélectionnés sur dossier - une vingtaine chaque année - un ensemble très complet de prestations personnalisées, de formations dispensées par CTC et de moyens techniques et financiers. Un véritable « coaching » sur mesure pour orienter et accélérer un projet estimé novateur.

Credits: 
ADC au-delà du cuir

Eugène Riconneaus, Amélie Pichard, Valery Damnon, Apologie, Maison Thomas, Thomas Lieuvin, Maltier&Malletier font ainsi partie des 34 entrepreneurs « labellisés » depuis 2012 par ADC. Aujourd’hui familiers des salons professionnels d’accessoires de mode et suivis par les acheteurs internationaux, ils ont bénéficié pour leur jeune marque d’un soutien allant de un à trois ans.

En 2014, ADC a enregistré 143 demandes, accompagné 25 créateurs, sélectionné en septembre dernier 5 nouveaux venus : Jour Férié, Pairs in Paris, Elodie Bruno, Sophie Marionnet, Léon Flam. Deux marques sont aussi sorties du dispositif d’accompagnement en raison d’un essor rapide. C’est le cas de 1789 Cala, présent avec ses espadrilles revisitées, dans une centaine de points de vente et trois monomarques. Quant à Tanya Heath Paris, c’est la première marque de souliers féminins à talons interchangeables. Un concept innovant, à découvrir avec son « bar à talons » à Paris, Porto et Toronto.

Credits: 
Tanya Heath

www.audeladucuir.com

 

GRAND ANGLE // DE LA PEAU AU CUIR, DES METIERS SPECIFIQUES

Credits: 
Conseil National du Cuir

Le Conseil National du Cuir a choisi les Tanneries Haas pour organiser les troisièmes Rencontres du Cuir autour des enjeux de la production et de la formation.

Les métiers de l’amont de la filière sont peu connus. C’est le cas de la tannerie qui transforme en un mois environ une peau brute en un cuir fini destiné à la maroquinerie, la chaussure, le prêt-à-porter ou encore l’ameublement. En Alsace, l’un des berceaux des tanneries (300 au XIXème siècle), l’entreprise Haas, fondée en 1842,  fait honneur au veau français, réputé dans le monde entier. Jean-Christophe Muller a repris le flambeau familial. Aujourd’hui, l’entreprise achète 15% du cheptel de veau français et exporte 35% de sa production. L’alliance du savoir-faire artisanal avec le développement industriel sont à l’origine du succès de la tannerie d’Eichhoffen.

La visite des Tanneries Haas (avril 2015) a plongé l’auditoire des Rencontres du Cuir au cœur du processus de transformation de la matière. La table ronde qui a regroupé les élus locaux, le Préfet et les professionnels de la filière Cuir, a traité du double enjeu de la qualité française, au niveau de la matière première et de la formation.

Pourquoi et comment augmenter la production de cuir français de choix ? 

Frank Boehly, Président du Conseil National du Cuir 

« Les tanneries françaises sont reconnues à l’échelle mondiale pour leur savoir-faire unique. La France est aussi le premier producteur de cuir de veau tanné, une matière très recherchée dans l’industrie du cuir. Spécialement le secteur du luxe, en quête de peaux très qualitatives. Or, la production de peaux de 1er choix est en baisse. On consomme moins de viande et la teigne dégrade les peaux. Il est nécessaire d’améliorer la chaîne d’approvisionnement ».

Jean-Christophe Muller, PDG des Tanneries Haas

« La France est d’origine un pays producteur pour le veau mais il subit la concurrence des Pays-Bas. L’élevage s’est réduit de moitié depuis les années 1980 et 80% des veaux français appartiennent non pas aux éleveurs mais aux intégrateurs. Il est indispensable de mener des actions ciblées pour attirer l’attention sur la valeur de l’animal. Inspecter, entretenir locaux, étables, camions… Concernant la teigne, il n’y a pas d’obligation d’agir au niveau national. En région, par contre, c’est possible. Une campagne pour éradiquer la teigne en Limousin est à l’étude. La teigne est un problème européen. La Scandinavie, qui s’est mobilisée, l’a éradiquée ». 

Des formations à optimiser pour la filière

Frank Boehly, Président du Conseil National du Cuir

« La formation dans notre secteur est malheureusement trop peu adaptée aux besoins des entreprises. Ceux que nous avons identifiés concernent principalement la production de  matière première et la pérennité des savoir-faire. Une entreprise comme les Tanneries Haas où la formation des salariés a été une préoccupation constante, démontre que l’on peut être fier d’appartenir à une chaine de valeurs aussi riche ».

Jean-Christophe Muller, PDG des Tanneries Haas

« Dans la tannerie, la peau est prise en main entre 80 et 100 fois, régulièrement contrôlée avant d’être tannée et systématiquement marquée. Son code permet une traçabilité complète de la matière. Le poste de trieur est par conséquent décisif. Mais il n’existe pas d’école. Le trieur est formé sur le terrain pendant trois ans. Il doit parfaitement connaître l’ensemble du process et les clients de l’entreprise. Son tri oriente la production. Il fait du sur-mesure ». 

Patrice Mignon, Président de la Fédération Française de la Maroquinerie

« La maroquinerie comme la tannerie développe ses savoir-faire selon deux axes : la créativité appliquée à des matières premières de choix et la qualité de l’exécution. La maroquinerie française a réussi à inscrire une excellence du geste dans des processus industriels. La qualité est ainsi assurée tout au long de la fabrication car les opérateurs sont responsables de A jusqu’à Z. C’est pourquoi leur formation est décisive. Les effectifs en maroquinerie augmentent de 1 à 2% par an. Les filières de formation initiale (apprentissage) sont trop peu nombreuses pour répondre à cette croissance des effectifs et de surcroît doivent faire un effort très important d’adaptation à l’évolution de notre métier. Car nous tenons à maintenir la production en France à côté de la création. Le made in est fondamental dans notre industrie comme signe de reconnaissance de l’excellence de notre filière. S’il est bien défendu, il encourage l’entreprise. C’est un cercle vertueux ».

 

LE CHIFFRE // 10

C’est le coefficient multiplicateur des exportations de chaussures réalisées par la France en Chine depuis 2010. En cinq ans, le prix moyen en douanes a fortement augmenté, passant de 13 € (2010) à 132 € (2014). Le nombre de paires vendues (239,6 milliers en 2014) est pourtant quasiment stable sur cette période. La Chine, après le Japon, Hong-Kong ou Singapour, est de plus en plus sensible aux chaussures françaises haut de gamme.