Newsletter n°4

EDITO //  LE « FAIT MAIN » DES BOTTIERS DOIT ÊTRE PRÉSERVÉ

La loi du 14 mai 1948 définit et protège la compétence et le savoir-faire d’un métier difficile et complexe. Elle règlemente l’emploi de la dénomination de qualité « fait main » et l’emploi de l’expression de « bottier » dans l’industrie et le commerce. Bien connue par les grands noms du secteur de la chaussure, elle n’a pas d’équivalent en dehors de la France. Mais l’excellence de nos bottiers, à l’exemple de Roger Vivier, continue de faire le tour du monde.

Représentant des bottiers de France et des podo-orthésistes, je reste très vigilant quant à la préservation du savoir-faire. Supprimer cette loi au nom de la concurrence serait particulièrement préjudiciable et pourrait ouvrir la voie à des pratiques douteuses. Il ne serait pas acceptable de mettre sur le même plan les chaussures entièrement réalisées à la main dans des ateliers installés sur le territoire et les chaussures produites en série de façon mécanisée. Il reste une poignée de bottiers, pourquoi les menacer ? Protégeons-les plutôt !

Le bottier n’est pas obsolète, il est l’ambassadeur d’une maîtrise française de la mode. A ce titre, il est le partenaire indispensable à l’élaboration d’une collection de haute-couture. Il est indéniablement l’un des acteurs incontournables de « Paris, Capitale de la mode ». La pseudo modernisation d’une loi ne peut se faire qu’en respectant les acteurs d’un métier attachés aux valeurs fondamentales et à un savoir-faire ancestral. Le bottier ne fait plus la mode comme autrefois, c’est vrai. Et on est loin des 500 bottiers d’avant guerre… Mais il y a la place pour une catégorie de bottiers réalisant des articles faits main sur mesure. On observe aussi chez les jeunes un « frémissement » pour ce métier manuel qu’est la chaussure. Les formations dispensées par les Compagnons du Devoir ou le Lycée d’Alembert préparent la relève. Le Ministère de l’Artisanat s’est d’ailleurs prononcé pour la reconnaissance de la chaussure à côté de la botterie d’art au sein de sa nomenclature des métiers. Il existe encore en France quelques belles fabriques comme le fût Charles Jourdan. Pour continuer à fabriquer l’excellence, défendons la qualité et le sur mesure.

Raymond Massaro

Maître d’art

 

FOCUS // LE SUCCÈS DU CUIR SUR RÉVÉLATIONS

Plus de 38 000 visiteurs sont allés à la rencontre des métiers d’art sur le salon Révélations. Le Conseil National du Cuir était présent avec son espace « Atout Cuir ».

Credits: 
Helmut Dippold

La 2ème édition de la Biennale Révélations qui s’est tenue à Paris au Grand Palais du 10 au 13 septembre dernier, a battu des records. La manifestation, organisée par les Ateliers d’Art de France, a enregistré une hausse de fréquentation de 15%. Parmi ces 340 créateurs et artistes de la matière, des artisans coupeur, formier, cireur, piqueur sellier, invités parmi les professionnels de la filière, ont fait des démonstrations de leurs pratiques artisanales et fait part de leur engagement sans faille pour le travail du cuir.

Sur une centaine de mètres carrés, dans la nef du Grand Palais, l’espace « Atout Cuir » a donné tout son éclat aux métiers du cuir, favorisant échanges entre professionnels et grand public et découvertes riches en peausseries… Parmi elles, des sacs et accessoires de maroquinerie, des gants de chevreau « seconde peau », des souliers défiant les décennies prêtées par le musée de la Chaussure de Romans… Les outils qu’utilisent toujours les artisans les accompagnaient dans une élégante scénographie.

Pour son premier espace d’exposition dans le cadre du salon Révélations, le Conseil National du Cuir a réuni les Fédérations Françaises de la Tannerie Mégisserie, de la Maroquinerie, de la Ganterie, de la Chaussure et la Chambre Syndicale des Bottiers de France. Cinq jours durant, les représentants de la filière cuir ont défendu des valeurs communes : l’originalité, l’excellence, le dynamisme d’un savoir-faire hexagonal résolument tourné vers la création et l’avenir. C’est cette solidarité que Frank Boehly, président du Conseil National du Cuir, a mis en valeur auprès du Premier Ministre Manuel Valls en l’accueillant sur le stand du Cuir. Il a notamment souligné la créativité des PME françaises et leurs excellentes performances sur le marché mondial.

« Il est important que nous montrions notre métier alors que la ganterie française manque d’une main d’œuvre qualifiée pour assurer la relève », a indiqué Jean Strazzeri, président de la Fédération Française de la Ganterie. « Or le consommateur recherche le made in France. La qualité et une fabrication locale comptent de plus en plus pour lui ». Pour Arnaud Haefelin, à la tête de la Fédération Française de la Maroquinerie, « l’opération Atout Cuir est une initiative très démonstrative de nos métiers d’art. Elle valorise la filière et renforce la visibilité de nos divers savoir-faire ». 

Credits: 
Conseil National du Cuir

 

GRAND ANGLE // LA FFTM CRÉE SA « CUIROTHÈQUE »

Tanneurs et mégissiers français disposent à Paris d’un lieu unique pour présenter, tout au long de l’année, l’ensemble de leurs collections et nouveautés aux professionnels.

Cinq millions de m² de peaux sont tannés en France chaque année par les tanneurs et mégissiers installés sur le territoire. Au total, une cinquantaine d’entreprises, petites et moyennes, aptes à transformer une peau brute en cuir raffiné. Une matière noble, vivante, durable, déclinée au final pour les besoins de la mode et de l’habitat. Pour les découvrir et les toucher, il suffit désormais de passer la porte du siège parisien de la Fédération Française de la Tannerie-Mégisserie. Une vitrine d’exception, avec terrasse panoramique, abrite sur deux niveaux un showroom professionnel entièrement dédié au cuir.

« Les tanneurs et mégissiers renouvellent leurs coloris tous les six mois », explique Sophie Hivert, déléguée générale. « Ils réclamaient un lieu de travail permanent, favorisant les échanges professionnels dans la capitale. Un programme de rencontres va d’ailleurs être mis en place ». C’est d’abord pour réaménager la terrasse que  Patrick Nadeau, figure française du « design végétal », a été sollicité. Mais son « œil neuf » sur le cuir - « un matériau sensuel parfaitement adapté à l’espace comme au mobilier » -  a rapidement convaincu la FFTM de lui confier la totalité du projet, intégrant bureaux et salle de réunion.

Credits: 
Bernard Vainchtein
  
Credits: 
Bernard Vainchtein

La « Cuirothèque », culminant au 7ème étage à deux pas du boulevard Haussmann, en est incontestablement le point d’orgue. Lumineuse et novatrice, elle répertorie à l’attention des professionnels toutes les variétés de peausseries travaillées par les tanneurs et mégissiers français. Une adresse inédite pour toucher la matière, appréhender un type de tannage ou une finition spécifique, sélectionner des échantillons en fonction d’un besoin précis…

« J’ai conçu ce showroom, souligne l’architecte designer, en appréhendant l’histoire du cuir, ce matériau ancestral, de manière contemporaine. J’ai choisi une gamme naturelle avec des touches pastel. Le bois se marie parfaitement avec le cuir ». Si la « Cuirothèque », avec son mur rythmé de peaux multicolores, attire le regard, le reste de l’espace ne manque pas d’idées… Patrick Nadeau a en effet dessiné avec Soussen Bel espace et mobilier pour proposer un grand nombre d’applications utilisant le cuir à des fins décoratives. Luminaire, bureau, cache pots suspendus, paroi tendue de lacets de cuir, dalles murales incisées jusqu’au sol, damier graphique en cuir végétal, donnant l’illusion du bois… Gainage et sellerie ont été réalisés par Christophe Fey Concept et La Fabrique.

www.leatherfrance.com

 

LE CHIFFRE // 11

11%, c’est l’augmentation des ventes en valeur d’articles de maroquinerie au cours du premier semestre 2015.

Dans cette évolution à la hausse, les marchés britannique et américain se sont montrés particulièrement dynamiques. Le sac à main, à lui seul, a enregistré une progression de 17%.