NEWSLETTER #27 // LE CUIR FRANCAIS MOBILISE TOUTES SES ENERGIES

La circulation active du Coronavirus a fortement accéléré la mutation des modes de consommation et donc de la distribution. La Filière Française du Cuir a continué à se mobiliser tout au long de cette année chaotique. La FFCM est venue grossir ses rangs et les détaillants, bien qu’ébranlés, se sont montrés exemplaires. 2021 sera une année charnière. 

EDITO // "DES BASES SOLIDES POUR REBONDIR"

La crise sanitaire n’est pas résolue mais les entreprises françaises du cuir sont aptes à déployer une organisation agile et une créativité innovante pour aller de l’avant. Frank Boehly, président du Conseil National du Cuir, rappelle les points marquants de 2020 et ses priorités stratégiques.

Nous avons tourné la page d’une année inédite qui a mis le monde à rude épreuve. 2020 n’a pas été linéaire. Nos métiers en sortent lourdement impactés, accusant fin octobre des baisses de 33% (cuirs bruts), 25% (chaussure), 20% (tannerie/mégisserie) et 18% (maroquinerie). Sans le redémarrage de l’Asie, les dommages auraient été plus importants encore. Tout ne s’est pas effondré pour autant. Car si les défaillances les plus visibles concernent le secteur de la distribution, celui de la production - soutenu par d’importants donneurs d’ordre - a fait preuve d’une plus grande résilience. Notre filière a la chance d’être tirée par de puissantes locomotives que sont les grandes maisons du luxe. Bien qu’elles aient également subi la chute de la consommation mondiale, elles ont rapidement retrouvé un niveau d’activité qui va irriguer de très nombreuses PME.

Elles ont d’ailleurs activement participé à notre deuxième Sustainable Leather Forum, qui s’est tenu, en septembre dernier à Paris, dans des conditions sanitaires renforcées. Elles ont témoigné de leurs avancées en matière de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), un sujet riche, vaste et bien sûr stratégique. Pour accompagner toutes les PME, la Filière Française du Cuir lance cette année son référentiel RSE, sous l’égide de CTC. Il permettra de s’auto-diagnostiquer et d’intégrer une démarche adaptée. La RSE - avec l’export et la digitalisation - sont assurément les leviers de croissance indispensables aux entreprises du cuir, déterminées à affronter l’avenir.

Notre filière aborde 2021 avec enthousiasme et espoir car elle a su se doter d’outils précieux. A commencer par CTC, au service des entreprises en matière de recherche, développement, formation… Il est à la fois une référence mondiale sur le plan normatif et une vigie internationale particulièrement dynamique pour notre secteur. Lien de l’écosystème du cuir français, le CNC remplit son rôle prospectif et fédérateur, en défendant l’ensemble des savoir-faire et en initiant des dispositifs porteurs et complémentaires. C’est le cas d’Au-Delà du Cuir (ADC), créé conjointement avec la FFC, notre incubateur de marques et entreprises émergentes et innovantes. Son showroom flambant neuf est accessible à tous les professionnels pour leur stratégie évènementielle. La filière dispose aussi, avec Cuir Invest, d’un fond d’investissement bienveillant et performant. Portée à la fois par CTC, la FFM, la FFC et le CNC, la dernière initiative de la filière se nomme Faire De Lance. Cette plateforme dédiée à la production de prototypes et de petites séries permettra d’offrir un nouveau service en aidant les marques de chaussures et de maroquinerie à identifier leurs fabricants et fournisseurs dans l’Hexagone. Son concept innovant guidera la filière sur la voie de la réindustrialisation. Nos ambitions ne sont rien moins que de revitaliser notre écosystème et d’amplifier le rayonnement du Made in France à travers le cuir français.

 

DES DETAILLANTS CHAUSSURE ET MAROQUINERIE, FRAGILISES MAIS REACTIFS

Les détaillants respectent strictement les protocoles sanitaires.
Les détaillants respectent strictement les protocoles sanitaires.

 

Au second semestre 2020, les commerces spécialisés en chaussure et maroquinerie ont continué à s’adapter. Malgré un contexte difficile et incertain, ils ont gardé le lien avec leur clientèle. Leur ambition en 2021 : renforcer la confiance entre détaillant et consommateur et proposer de nouveaux services à leurs clients.

La pandémie a profondément ébranlé l’exercice quotidien du métier de commerçant. En première ligne, les commerces de proximité qui, subissant la crise de plein fouet, ont dû se réinventer. Ils ont rapidement repensé leur fonctionnement, adhérant à l’effort collectif de lutte contre le virus. Gestes barrière, distanciation physique, désinfection systématique garantissent durablement la sécurité du consommateur au sein de l’espace de vente. Les confinements successifs, la multiplication des mesures restrictives, le couvre-feu ont ajouté d’autres coups d’arrêt, privant ainsi le commerce physique de sa pleine activité. Jusqu’à la fermeture des magasins de produits « non essentiels » - décrétée par le Gouvernement - qui a impacté les commerces de chaussure et de maroquinerie du territoire lors de la « seconde vague ». La majorité d’entre eux ont enregistré une forte baisse d’activité. Pour rester en contact avec sa clientèle et « garder la tête hors de l’eau », la profession a initié divers canaux de distribution. La Fédération Nationale des Détaillants Maroquinerie et Voyage (FNDMV) liste parmi d’autres le retrait click & collect, le service de livraison, l’inscription à des plateformes numériques ou encore une visibilité renforcée sur les réseaux sociaux. Mais pour gagner en efficacité, les commerces devront accélérer leur digitalisation. « Un tiers des détaillants de chaussures disposent d’un site internet plus ou moins marchand », précise Jean-Pierre Gonet, président de la Fédération des Détaillants en Chaussures de France (FDCF). « La communication omnicanale que nous avons engagée permettra d’informer et d’accompagner les commerçants désireux de s’équiper ». Le Président de la République avait déclaré en 2020 qu’il fallait « apprendre à commercer avec le virus ». Ce que veulent les « petits commerces », c’est concilier de manière viable, sécurité sanitaire et reprise économique.

 

LA FEDERATION FRANCAISE DE LA CORDONNERIE MULTISERVICE (FFCM) A REJOINT LA FILIERE FRANCAISE DU CUIR

Jean-Pierre Verneau
Jean-Pierre Verneau
Credits: 
Cordonnerie Verneau - FFCM

Artisan cordonnier basé au Mans, Jean-Pierre Verneau préside la FFCM, qui est devenue le 21ème membre du Conseil National du Cuir en octobre 2020. Redonner ses lettres de noblesse à la cordonnerie multiservice et développer des synergies font partie de ses ambitions.

VOUS ÊTES FILS DE CORDONNIER. QUEL EST VOTRE PARCOURS ?

J’ai commencé l’apprentissage par hasard. Mon père cordonnier m’a proposé de l’aider. J’ai rapidement appris à poser des fers, servir la clientèle… En 1995, j’ai repris une entreprise de cordonnerie du quartier. On l’a fait évoluer, on s’est agrandi. J’ai passé mon brevet de maîtrise et je suis devenu Maître artisan en 1997. Mon apprenti a été salarié. Le développement de l’entreprise passe par la transmission.

DEPUIS 2017, VOUS PRÉSIDEZ LA FFCM, EX FÉDÉRATION DE LA CORDONNERIE ET DE LA BOTTERIE. COMMENT VOTRE MÉTIER A-T-IL ÉVOLUÉ ?

Les cordonniers bottiers de l’après-guerre fabriquaient eux-mêmes les souliers. Le changement de nom s’est opéré dans les années 1980 car la cordonnerie multiservice prenait un essor important. Elle est aujourd’hui largement majoritaire. La cordonnerie pure n’est plus viable. A mon arrivée en 2017, j’ai souhaité que nous nous regroupions, que nous parlions d’une même voix. Nos métiers ont besoin d’être valorisés. Nous avons refondu notre site internet et communiquons sur les réseaux sociaux.

QUEL EST LE RÔLE DE LA FFCM ?

Elle représente l’ensemble des cordonniers réparateurs, cordonniers multiservice et cordonniers bottiers de France auprès des pouvoirs publics, soit 3 500 entreprises. Elle défend leurs intérêts et gère la convention collective. Elle joue également un rôle dans la formation car sans elle, il n’y a pas de métier. Nous sommes garants du Brevet technique des Métiers de Cordonnier. Nous projetons aussi d’organiser avec les Compagnons du Devoir à Pantin des formations complémentaires destinées aux nouveaux arrivants comme aux repreneurs.

La cordonnerie multiservice est un secteur en évolution qui regroupe 3 500 entreprises.
La cordonnerie multiservice est un secteur en évolution qui regroupe 3 500 entreprises.
Credits: 
Cordonnerie Verneau - FFCM

QUELS SONT VOS OBJECTIFS EN REJOIGNANT LA FILIÈRE FRANÇAISE DU CUIR ?

Nous sommes fiers d’exercer notre métier et nous défendons les mêmes valeurs que tous les professionnels du cuir. Dépoussiérer l’image de la cordonnerie multiservice est une priorité si nous voulons augmenter nos effectifs. Les boutiques ont fait beaucoup d’efforts d’aménagement et notre métier est en évolution constante. Etre membre de la Filière Française du Cuir va nous permettre de mener des actions collectives afin de renforcer notre visibilité.

QUEL RAPPORT ENTRETENEZ-VOUS AVEC L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE ?

Il est parfaitement légitime. Chaque jour, nous entretenons, restaurons, redonnons une seconde vie en évitant de gonfler les poubelles ! L’économie circulaire est le premier pas pour nous permettre d’intégrer une démarche RSE. Les déchets de talons, les chutes de plaques en caoutchouc pourraient être recyclés davantage. L’éthique environnementale représente un enjeu majeur pour tous nos savoir-faire.

COMMENT VOTRE SECTEUR A-T-IL FAIT FACE À LA PANDÉMIE DE 2020 ?

Le premier confinement nous a affaiblis. A sa sortie, les mois de juin et juillet ont été stables par rapport à 2019. Mais en novembre, qui est d’ordinaire le mois le plus chargé, les cordonniers multiservice ont perdu 68% de leur chiffre d’affaires. Les clients ont pensé à tort que nos établissements étaient fermés lors du second confinement… La profession a su maintenir ses effectifs depuis quinze ans. J’espère qu’ils ne se réduiront pas en 2021.