Le talent avant-gardiste de Martin Margiela célébré à Paris

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Plastron composé de gants en cuir en accumulations
Plastron composé de gants en cuir en accumulations
Credits: 
Nadine Guérin

Le mythe Margiela est bien vivant même si le créateur belge s’est retiré de la mode il y a presque dix ans… Son travail à contre-courant et son leg créatif unique font l’objet de deux expositions parallèles dans la capitale. Martin Margiela, lui-même, en assure la direction artistique.

Martin Margiela Hermès Automne Hiver 2000-2001.
Martin Margiela Hermès Automne Hiver 2000-2001.
Crédits : 
Nadine Guérin

 

Les Tabi Shoes, l’accessoire « signature »

Dans le défilé inaugural de la collection Printemps-Eté 1989, le premier mannequin est chaussé d’une paire de bottines surprenante. « Martin Margiela voulait une chaussure invisible qui donne l’illusion d’un pied nu posé sur une semelle et un talon », lit-on dans la rétrospective chronologique du Palais Galliera, premier musée à avoir soutenu et acquis les créations du Flamand. La bottine, à l’orteil séparé, lui a été inspirée lors d’un voyage au Japon en 1984. Martin Margiela a l’idée d’apporter de la stabilité avec un large talon cylindrique, « conforme par son diamètre à la largeur du talon du pied. Sa hauteur est étudiée pour une cambrure confortable ». En 1996, la tabi se réduit à une simple semelle de cuir noir, en 2001, elle est déclinée en cuissarde… Vingt ans durant, la chaussure phare marquera de son empreinte novatrice un vocabulaire atypique questionnant aussi bien la mode que son usage.

La tabi de Margiela a renouvelé le vocabulaire de la chaussure. Version en cuir argent.
La tabi de Margiela a renouvelé le vocabulaire de la chaussure. Version en cuir argent.
Crédits : 
Nadine Guérin

 

Récupérer, recycler, détourner…

Le goût pour le recyclage date de ses débuts chez Jean Paul Gaultier au début des années 80. Très vite, celui qui choisit de s’effacer derrière sa maison et de déconstruire pour mieux inventer, prône « un immense respect pour la matière et le vêtement. C’est la seule façon de rester authentique », affirme Margiela. Son deuxième défilé transforme déjà des objets en accessoires. Sa ligne Artisanale - des pièces uniques à partir de créations vintage - défile, elle, en haute couture dès 2006. Le statut du vêtement ancien et de l’objet détourné est profondément inscrit au coeur des recherches de Martin Margiela, très sensible aux matières  dotées d’un « vécu », comme le cuir. Les manches gants froissées et le plastron réutilisant d’anciens gants en cuir sont des exemples parmi d’autres. Chez Hermès, son intérêt pour le vintage s’exprime en traduisant des idées rétro au sein d’une garde-robe moderne et fonctionnelle. A l’image d’un perfecto surdimensionné en cuir vieilli.

Perfecto oversize en cuir vieilli artificiellement. Hermès Automne Hiver 2000-2001
Perfecto oversize en cuir vieilli artificiellement. Hermès Automne Hiver 2000-2001
Crédits : 
Nadine Guérin

 

Margiela chez Hermès : l’audace récompensée

Avec sa collection Automne Hiver 1997, Martin Margiela prend un virage. Les formes sont simplifiées, les matières plus classiques. Les nouvelles orientations du styliste retiennent l’attention d’Hermès, qui créé la surprise en nommant un créateur iconoclaste à la direction artistique de la ligne féminine. Les douze collections créées entre 1997 et 2003 marquent une période particulièrement riche pour le sellier centenaire. C’est ce qu’expose, en 98 silhouettes, vidéos et archives, le MAD dans une version différente de celle créée à Anvers. Entre Hermès et Margiela, le courant passe. Une grande modernité résulte de la rencontre entre l’excellence artisanale et l’expérimentateur de la coupe. Dans les ateliers, le directeur artistique a accès à toutes les variétés de cuir, du chevreau au croco. La sensualité de la matière, l’intemporalité formelle sont à l’œuvre dans la série des « doublés de même », secondes peaux parfaitement réversibles aux coutures invisibles. La vareuse à encolure en V, inspirée du vêtement de marin, est un autre basique de Margiela chez Hermès. Sa simplicité apparente masque parfaitement une technicité complexe.

La vareuse est un vêtement emblématique de Margiela chez Hermès.
La vareuse est un vêtement emblématique de Margiela chez Hermès.
Crédits : 
Nadine Guérin

 

Repères biographiques

  • 1957 : Naissance de Martin Margiela à Louvain
  • 1980 : Diplômé de l’Académie Royale des Beaux Arts d’Anvers
  • 1984-87 : Collaboration chez Jean Paul Gaultier
  • 1989 : Lancement de Maison Martin Margiela
  • 1997-2003 : Directeur artistique des collections femme chez Hermès
  • 2009 : Martin Margiela quitte sa maison

 

Margiela Galliera, 1989/2009

Au Palais Galliera

Jusqu’au 15 juillet 2018

 

Martin Margiela, les années Hermès

Au musée des arts décoratifs

Jusqu’au 2 septembre 2018