LES RENCONTRES DU CUIR chez Camille Fournet

3 octobre 2014
  • Tergnier

Le savoir-faire français est un enjeu décisif. La pérennisation de ses métiers a fait la une des secondes Rencontres du Cuir organisées par le Conseil National du Cuir chez le maroquinier Camille Fournet.

La maroquinerie française représente en termes d’effectifs plus des deux tiers de la filière Cuir pour la partie industrielle. Le secteur, soutenu par les articles de luxe, est particulièrement actif depuis plusieurs années. Camille Fournet, installé dans l’Aisne depuis 1945, est un exemple d’entreprise innovante en région et performante à l’export. Sa diversification - du bracelet montre à la maroquinerie de luxe - a conduit son dirigeant Jean-Luc Déchery à agrandir son site de production à Tergnier et à recruter afin d’optimiser ses savoir-faire.

Une table ronde portant sur la formation et l’artisanat a suivi la visite des ateliers Camille Fournet (octobre 2014). Trois experts de la filière française, invités lors des Rencontres du Cuir, ont dressé un état des lieux, souligné son évolution et ouvert des perspectives.

Yves Morin, Directeur Général de CTC

«  La filière Cuir représente probablement une centaine de métiers différents. C’est un monde vaste et complexe. L’image de l’industrie est en pleine mutation. Quand on parle de formation, on évoque la pyramide des âges. Les besoins au cœur de la filière sont identifiés par les fédérations professionnelles, les écoles, l’Education Nationale… Les dispositifs de formation initiale et professionnelle ne sont pas assez nombreux, c’est une évidence. La formation technique souffre d’un déficit d’image. On a des formations pour être styliste, styliste, styliste… alors que les écoles aux postes de production sont très insuffisantes. On a besoin de jeunes qui intègrent la filière avec le soutien des pouvoirs publics, de l’Education Nationale, des parents. Les régions, cependant, s’approprient les métiers du cuir. Des expériences intéressantes sont menées en Aquitaine, en Ile-de-France, en Rhône-Alpes… Et plusieurs entreprises se développent dans le cuir ».

Patrice Mignon, Président de la Fédération Française de la Maroquinerie

«  La maroquinerie française a remarquablement réussi sur le plan mondial. Camille Fournet prouve qu’une entreprise française indépendante peut grandir en dehors des grands groupes, concilier artisanat et échelle industrielle. Mais la maroquinerie est une branche qui obéit au besoin de valoriser son savoir-faire. La réalité de la formation incite à remettre en avant l’apprentissage. La filière est sous-alimentée en jeunes alors que les PME représentent plus de 90% du secteur ». 

Franck Boehly, Président du Conseil National du Cuir, Président de la Fédération des Enseignes de la Chaussure

« Notre pays a déprécié sa formation professionnelle, la jeune génération choisit trop souvent par défaut. Or, il est capital de pérenniser le savoir-faire tout en attirant les jeunes. La filière du cuir possède de nombreux atouts qui la rendent porteuse. Ainsi, les PME représentent un ascenseur social non négligeable. Les ouvriers spécialisés, bien rémunérés, sont recherchés. Le commerce, qui emploie ¼ de salariés non diplômés, est une porte d’entrée très utile. De grandes marques, à l’image de Repetto, ont créé leur propre école pour assurer la relève. Encourager l’attractivité de nos métiers passe par la revalorisation de l’apprentissage et un plus grand nombre de formations reconnues. Comme celle d’ingénieur cuir, uniquement dispensé à l’ITHEC (Institut Technique et Chimique) et celle de bottier, formier, enseigné par CTC. Notre filière doit redorer l’image d’un cuir qualitatif, communiquer sur l’exception française, les labels… Se doter également d’un fond d’investissement spécifique. »

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